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« Le problème le plus important de l’Italie est que le marché y est trop libre”
Un entretien avec Bill Emmott, essayiste, ancien directeur de The Economist (février 2012)
La presse et les journalistes doivent prendre position, y compris contre les hommes et le pouvoir en place. C’est un précepte qu’a rigoureusement appliqué Bill Emmott lorsqu’il dirigeait le magazine The Economist, célèbre pour l’affichage en couverture et gros titres cinglants de ses convictions les plus iconoclastes. L’homme poursuit depuis quelques années cette tradition en indépendant et se penche aujourd’hui à nouveau sur le cas de l’Italie en pleine débâcle économique et sociale.
(Source : lenouveleconomiste.fr)
Pourquoi les européens n’arrivent pas se mettre d’accord malgré toutes les bonnes raisons de le faire ? Une question d’humeur certainement. Winston Churchill le décrit parfaitement dans ses mémoires : la convivialité compte. La manière dont les britanniques étaient mal reçus à Moscou sous influence paranoïaque stalinienne a considérablement gêné la négociation d’ accords de coopération militaire entre les deux pays contre l’Allemagne nazie raconte-t-il. La chimie de la relation entre François Hollande et Angela Merkel a donc certainement son importance. Mais, ce n’est peut-être qu’un détail. Des phénomènes comme l’effet de pression du groupe ou la préférence pour l’équilibre non coopératif, théorisés par une partie des économistes, comptent sans doute beaucoup plus. Les hommes politiques aussi sont sous influence de leur propre communautarisme, qui les poussent à adopter un comportement plutôt dans la moyenne, au lieu de se distinguer. Comme chacun de nous, ils préfèrent souvent perdre ensemble plutôt que de prendre le risque de voir l’autre gagner seul.
(Source : lenouveleconomiste.fr)
Les actionnaires ne devraient surtout pas être autorisés à décider seuls du sort des entreprises. Société Générale ou JP Morgan, la déforestation en Amazonie ou le naufrage de l’Erika, les délocalisations irrationnelles ou l’amiante : on laisse l’apporteur de capitaux confondre l’intérêt à long terme de l’entreprise avec son intérêt financier à court terme.

Le dieu actionnaire n’en fait qu’à sa tête, il faut donc changer les têtes.
Tel que je l’ai écrit dans le Nouvel Economiste :
Milton Friedman et sa doctrine de l’entreprise seulement responsable de dégager les profits les plus élevés, va-t-il finalement, 40 ans après, perdre le match contre Paul Samuelson son principal détracteur dans les années soixante dix ? Différentes manifestations de la crise ont fragilisé l’héritage idéologique libéral vivace laissé par le célèbre prix nobel d’économie. La recherche d’une croissance sans limite des rendements du capital est tenue pour co-responsable des manifestations les plus spectaculaires de la crise, dont l’épisode des sub-primes. La crise écologique ou sociale en porte aussi les stigmates. Mais la façade idéologique tient encore bon. Qui a vraiment intégré l’idée, pourtant incontestable une fois qu’elle est démontrée, que les actionnaires de la société anonyme ne sont pas plus propriétaires de l’entreprise qu’un parieur au Derby D’Epsom ne l’est du cheval sur lequel il a misé, comme le dit plaisamment le philosophe britannique de l’économie Charles Handy. Et que la responsabilité limitée de cet acteur parmi d’autre du collectif entrepreneurial n’est pas forcément le mieux placé pour prendre des décisions dans l’intérêt à long terme de l’entreprise ? Pour avancer sur le sujet, une déconstruction idéologique s’impose. Gouvernance année zéro ! La suite consiste à redonner une vision de l’entreprise en phase avec la réalité : plus large, donc que celle de la société réduite à un contrat entre apporteurs de capitaux, qui représente aujourd’hui le modèle unique.
(Source : lenouveleconomiste.fr)
“Il est totalement faux de dire que les banques françaises ne nous ont rien coûté”
Extrait d’un entretien avec l’économiste bancaire Jean-Paul Pollin, que je publierai prochainement dans le Nouvel Economiste :”lorsque la banque centrale abaisse ses taux à 0 ou 1%, cela soulage les uns, mais pénalise les autres. Les banques qui voient leur taux de refinancement baisser peuvent augmenter leur marge sur les prêts qu’elles consentent. L’épargnant, lui voit la rentabilité de ses placements diminuer en proportion inverse. Le rendement de son épargne suit à la baisse les taux de la banque centrale. Il suffit d’observer le rendement désormais très faible de l’assurance vie. D’un côté, donc, on permet aux banques de reconstituer leurs marges et de se recapitaliser, pour reconstituer leurs capitaux propres et effacer leurs pertes, mais c’est au prix d’une ponction sur ce que les épargnants auraient pu recevoir et qu’ils ne recevront pas. Il est donc totalement faux de dire que les banques françaises ne nous ont rien coûté”.
PERDU DE VUE :
Au sujet des sociétés anonymes, au 19ème siècle, il fallait un décret en conseil d’état pour autoriser leur création et l’on imaginait pas qu’une banque puisse adopter cette forme. Ci-dessous un extrait d’entretien avec l’avocat Jean-Philippe Robé, que je publierai prochainement dans le Nouvel Economiste :
“De 1807 à 1867, la période pendant laquelle ce système est en vigueur, la jurisprudence laissée par le conseil d’état établit que la société par action n’est autorisée que lorsque sa création se justifie par un intérêt public. Cela permet de construire des ponts, des chemins de fer, des canaux, par exemple, qui requièrent de pouvoir réunir beaucoup de capitaux, et pour longtemps. Peu à peu cette jurisprudence va évoluer jusqu’à autoriser la société par action pour les banques et pour les compagnies d’assurance, ce qui au départ était très choquant. Il est utile de s’en souvenir pour évaluer la situation que nous vivons aujourd’hui : on considérait au départ que la banque devait être l’affaire de gens très riches et qui engageaient la totalité de leur patrimoine, au risque sinon de déboucher sur des aberrations. C’est exactement ce qui s’est produit.”
Sur le bureau de Mark Zuckerberg (publié par Atlantico.fr) ce mémo mis en scène : “continuer à poster” , cela c’est son business, et “rester concentré”, un conseil pour lui-même qui montre ce qu’il a bien compris : le défi suprême, lorsque l’on fréquente assidument sa maison, et les réseaux sociaux en général, c’est de ne pas s’éparpiller dans le divertissement instantané perpétuel . Question : les 900 millions d’utilisateurs de Facebook, dont les deux tiers sans doute d’adolescents, en ont-ils conscience eux-aussi ?
Saviez-vous que, en Chine, la croissance par le bâtiment passe par un gigantesque nettoyage de la mémoire collective, type “reset” ? Wang Shu proteste.
“Une entreprise, c’est un corps social, ça se manipule avec précaution” dit l’ancien patron de Sanofi avec des mots que l’on entendait jusque-là que de la bouche de syndicalistes.
“J’ai peur que le management de Veolia oublie qu’une entreprise, c’est là pour faire vivre des gens, pas pour faire des effets de manche à la bourse. Il ya plus de 300 000 employés derrière Veolia. Créer un esprit d’entreprise, c’est quelque chose de long et difficile. Tout cela est fragile. Une entreprise, c’est un corps social, ça se manipule avec précaution”
Jean-François Dehecq, ex patron de Sanofi, administrateur remercié de Veolia.
Le monde 16 mai 2012

Magnifiques spécimens de “train caché” : ces temps-ci, les tonnes d’acier lancées à pleine allure dont on ne parvient à cerner ni les contours, ni le fonctionnement, et avec lesquelles on risque d’entrer en collision, ce sont les banques. Le risque est d’une évidence criante : entraîner toute l’économie réelle dans leur chute éventuelle. Pourtant, mille arguments fleurissent pour prouver qu’il ne faut surtout rien changer. A tel point que les rares qui s’inquiètent de la démarche hésitante de ces énormes colosses aux pieds d’argiles que l’on ne peut surtout pas laisser plonger au risque de se voir soi-même entrainé dans l’abysse passent pour des idiots.
(Source : lenouveleconomiste.fr)
“920 kg de cornichons, 145 kg d’anchois, 1 564 kilos de confitures et gelées, 9 930 kg de fruits confits…” figuraient dans l’inventaire après décès de Félix Potin, l’inventeur du supermarché, en août 1871. Pendant que certains composent des poèmes -Arthur Rimbaud livra le Bateau ivre au cours du même été - d’autres empilent des boîtes d’anchois, stockent des confitures et accumulent des cornichons dans leur arrière boutique. C’est cela le secret du capitalisme.
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